Investment Strategy

La déclaration de politique d'investissement : un fondement pour le family office

Un IPS ressemble à un document. En réalité, il s'agit d'un accord entre la famille et le cabinet concernant l'objectif du portefeuille.

Editorial TeamEditorial10 min de lecture
Professional coworkers exchange a handshake in a modern corporate office setting.
Photo: Mikhail Nilov / Pexels

Points clés

  • Un IPS n'est pas une simple formalité de compliance ; il s'agit du document constitutif qui définit les conditions-cadres dans lesquelles l'équipe d'investissement exerce ses activités.
  • Les objectifs de rendement, les exigences en matière de liquidité et la tolérance au risque doivent être formulés en termes concrets et mesurables, et non sous forme de généralités descriptives.
  • L'IPS doit distinguer l'asset allocation stratégique, approuvée par la famille, de la mise en œuvre tactique, qui relève de la décision de l'équipe.
  • Les clauses de governance doivent préciser la fréquence des révisions, les procédures de modification ainsi que les personnes disposant d'un droit de veto sur les changements de politique importants.
  • Un IPS bien conçu réduit le risque lié aux personnes clés en consignant la volonté de la famille sous une forme qui perdure malgré le renouvellement du personnel.
  • Les groupes familiaux présentant des structures transfrontalières doivent mettre leur IPS en conformité avec les cadres réglementaires applicables, notamment les exigences de MiFID II en matière d'adéquation et les obligations de déclaration prévues par FATCA et CRS.
  • L'IPS est un document évolutif ; la plupart des family offices le réexaminent officiellement tous les deux à trois ans, ainsi qu'à la suite de tout événement majeur en matière de liquidité ou de toute transition générationnelle.

Pourquoi la plupart des family offices s'en tiennent à une version défaillante

Un nombre surprenant de family offices disposent d'une déclaration de politique d'investissement rédigée une seule fois, signée, classée, puis jamais consultée. Elle décrit la tolérance au risque de la famille en des termes tels que « modérée à modérément audacieuse » et fixe un objectif de rendement correspondant à « l'inflation majorée d'un rendement réel raisonnable ». Ces formulations ne sont pas fausses. Elles sont simplement inertes. Elles n'imposent aucune contrainte concrète à l'équipe de gestion et ne constituent pas une base sérieuse pour apprécier si le portefeuille évolue conformément aux intentions de la famille.

La lacune est structurelle, non superficielle. Un IPS rédigé à un niveau d'abstraction tel qu'il permet de justifier n'importe quel résultat comme conforme n'est pas un document de référence : c'est un substitut. Les recherches sur la governance du patrimoine familial montrent systématiquement que les familles qui subissent des pertes importantes et imprévues, ou un écart par rapport à leur stratégie, disposent plus souvent de documents stratégiques vagues et rarement révisés que celles qui en sont préservées. La politique d'investissement n'est donc pas un simple exercice administratif. C'est le mécanisme par lequel une famille transpose ses valeurs, ses besoins et ses contraintes en instructions opérationnelles.

Les quatre éléments structurels d'un IPS efficace

Un IPS bien conçu comporte quatre niveaux fonctionnels. Chaque niveau répond à une question différente : à quoi sert le capital, quel niveau de risque est acceptable, comment le portefeuille sera-t-il structuré pour refléter ces réponses, et qui est habilité à décider de quoi ? Négliger l'un de ces niveaux produit un document techniquement complet, mais opérationnellement lacunaire.

Premier niveau : objectif et horizon temporel

La partie introductive doit définir l'objectif spécifique du portefeuille. Cela peut sembler évident, mais cet aspect est souvent insuffisamment précisé. Un family office à structure unique (Single Family Office) peut, par exemple, gérer simultanément une dotation philanthropique à horizon perpétuel, une réserve de liquidités destinée à un membre de la famille engagé en Private Equity en tant que commanditaire (LP), et un mandat de préservation du patrimoine couvrant les deux prochaines générations. Chaque objectif implique un horizon temporel, un profil de liquidité et une fourchette de volatilité acceptables distincts. Les regrouper en un mandat indifférencié constitue la première source d'échec.

La meilleure pratique consiste à définir chaque réserve de capital séparément, même si elles sont gérées au sein d'un portefeuille consolidé. Un cadre courant distingue trois catégories : un fonds de liquidité couvrant trois à cinq ans de besoins d'exploitation et de distribution, détenu en équivalents de trésorerie et en titres à revenu fixe à court terme ; un fonds de préservation du capital couvrant les années six à quinze, alloué à des marchés cotés diversifiés ; et un fonds de croissance à horizon supérieur à quinze ans, pour lequel les placements alternatifs illiquides et les positions concentrées sont appropriés. L'IPS doit préciser la taille cible de chaque compartiment en pourcentage de l'actif total, ainsi que les conditions dans lesquelles un rééquilibrage entre compartiments est déclenché.

Deuxième niveau : paramètres de risque

La tolérance au risque doit être exprimée sous au moins deux formes concrètes : un seuil maximal de baisse et un budget de volatilité. Les descriptions verbales de l'appétit pour le risque ne sont pas contraignantes. Une famille qui se dit « à l'aise avec la volatilité à court terme » n'a fourni à l'équipe d'investissement aucune indication empêchant qu'une baisse de 40 % du portefeuille soit présentée comme conforme à la politique. En revanche, une famille qui précise que la baisse maximale acceptable entre le pic et le creux sur toute période glissante de douze mois est de 20 % a fourni à l'équipe une contrainte mesurable.

Les budgets de volatilité sont généralement exprimés sous la forme d'un objectif d'écart-type annualisé. Un portefeuille diversifié multi-actifs de type family office pourrait viser une volatilité annualisée comprise entre 8 et 12 %, ce qui correspond globalement à une répartition 60 % actions / 40 % obligations. Un mandat plus prudent, axé sur la préservation d'un capital intergénérationnel, pourrait viser une volatilité comprise entre 5 et 7 %. L'IPS doit également aborder les hypothèses de corrélation : lorsque la famille détient d'importants actifs illiquides, l'objectif de volatilité retenu doit tenir compte du fait que la volatilité publiée sous-estimera le risque économique réel en période de crise, et l'équipe doit être tenue de réaliser des tests de résistance intégrant le biais lié à l'illiquidité.

Seule une déclaration de tolérance au risque qui ne peut être enfreinte mérite d'être rédigée. Si l'équipe d'investissement peut toujours trouver a posteriori un argument justifiant qu'une perte s'inscrivait dans le cadre de la politique, celle-ci n'apporte aucune governance.

Troisième niveau : asset allocation stratégique et instruments autorisés

La section consacrée à l'asset allocation stratégique (SAA) traduit dans le portefeuille les réponses apportées aux deux premiers niveaux. Elle précise les pondérations cibles et les fourchettes autorisées pour chaque classe d'actifs. Une SAA typique d'un family office multi-actifs pourrait allouer 35 à 45 % aux actions mondiales, 15 à 25 % aux titres à revenu fixe et au crédit, 15 à 25 % au Private Equity et au Venture Capital, 5 à 10 % aux actifs réels, infrastructures et immobilier notamment, et 5 à 10 % aux placements alternatifs liquides. Ces fourchettes, et non des estimations ponctuelles, confèrent à l'équipe d'investissement une marge de manœuvre tactique sans permettre une dérive incontrôlée.

La section consacrée aux instruments autorisés revêt une importance tout aussi grande. C'est là que l'IPS précise ce que l'équipe est autorisée à faire ou non sans accord supplémentaire de la famille. Une formulation courante mentionne les produits dérivés utilisés uniquement à des fins de couverture, sans composante spéculative. Les positions concentrées sur un seul titre dépassant un certain seuil, généralement entre 5 et 10 % de la valeur totale du portefeuille, peuvent nécessiter l'approbation explicite du conseil du family office. Il en va de même pour les investissements dans des structures illiquides assorties de périodes de blocage supérieures à cinq ans. L'IPS doit également traiter des contraintes en matière d'investissement responsable, que ce soit par le biais d'une liste formelle de critères ESG, de restrictions sectorielles (tabac, armement, industries extractives) ou d'un objectif d'allocation d'Impact Investing exprimé en pourcentage du total des actifs.

Quatrième niveau : governance et responsabilisation

La section governance attribue des pouvoirs de décision spécifiques. Un cadre utile distingue trois niveaux : les décisions prises directement par la famille (révision de la SAA, nomination et révocation du CIO, modifications substantielles de l'IPS lui-même) ; les décisions prises collectivement par le comité d'investissement (asset allocation tactique dans les fourchettes prévues par la SAA, sélection des gestionnaires de fonds externes, approbation des opportunités de co-investissement dépassant un seuil défini) ; et les décisions prises de manière indépendante par l'équipe d'investissement (rééquilibrage dans les fourchettes autorisées, suivi des gestionnaires, gestion de la liquidité). Sans cette hiérarchisation, soit la famille se retrouve impliquée dans des détails opérationnels qui érodent sa confiance envers l'équipe, soit l'équipe prend des décisions stratégiques sans en avoir l'autorité.

La section governance doit également préciser la fréquence des révisions. La plupart des family offices dotés d'un IPS efficace réexaminent officiellement le document tous les deux à trois ans, et de manière informelle à la suite de tout événement significatif en matière de liquidité (vente d'une entreprise, héritage important, distribution majeure), d'une transition générationnelle ou d'une période prolongée de sous-performance. Ce réexamen doit s'inscrire dans un processus structuré, et non dans le cadre d'une conversation ponctuelle, avec un ordre du jour défini et des conclusions consignées par écrit.

Structures transfrontalières et harmonisation réglementaire

Pour les familles dont les actifs, les bénéficiaires ou les entités sont répartis dans plusieurs juridictions, l'IPS doit s'adapter à un environnement réglementaire plus complexe. En vertu de MiFID II, les entreprises d'investissement gérant des actifs pour le compte de family offices classés comme clients professionnels sont tenues d'évaluer l'adéquation des placements au regard d'objectifs et d'une tolérance au risque documentés. Un IPS bien élaboré, précisant les objectifs de rendement, les paramètres de risque et l'horizon d'investissement, fournit précisément la documentation nécessaire pour étayer un cadre d'adéquation solide. Les familles ne disposant pas d'un IPS formel constatent souvent que leurs gestionnaires externes se rabattent sur des évaluations d'adéquation génériques sans rapport avec leur situation réelle.

FATCA et CRS ne sont pas directement régis par l'IPS, mais celui-ci doit tenir compte du cadre d'optimisation fiscale de la famille et des contraintes qui en découlent pour certaines structures d'investissement. Une famille ayant des liens avec les États-Unis peut, par exemple, être confrontée à des complications liées au statut de PFIC (Passive Foreign Investment Company) en raison de certaines structures de fonds non américaines ; l'IPS doit signaler cet aspect comme un critère de sélection. De même, le Pilier 2 du BEPS, qui instaure un taux d'imposition minimum mondial de 15 % pour les grands groupes multinationaux dont le chiffre d'affaires dépasse 750 millions d'euros, peut avoir une incidence sur l'analyse de la structure de détention de la famille si celle-ci opère par l'intermédiaire d'une entreprise familiale de cette envergure. Même lorsque le Pilier 2 ne s'applique pas directement, l'IPS doit mentionner l'analyse de la juridiction fiscale de la famille comme une contrainte permanente pesant sur le choix du gestionnaire et de la structure.

L'IPS comme outil de Risk Management lié aux personnes clés

L'une des fonctions souvent sous-estimées de l'IPS est celle de mémoire institutionnelle. Les family offices sont exposés à un risque significatif lié aux personnes clés : un CIO qui gère le patrimoine familial depuis quinze ans détient une quantité considérable d'informations contextuelles non documentées expliquant pourquoi le portefeuille se présente sous sa forme actuelle. Lorsque cette personne quitte ses fonctions, l'équipe qui lui succède hérite des positions, des relations et des décisions passées sans en connaître le raisonnement sous-jacent.

Un IPS bien entretenu, complété par des procès-verbaux documentés des réunions du comité d'investissement et par les justifications de sélection des gestionnaires, réduit considérablement ce risque. L'IPS consigne les intentions de la famille sous une forme qui perdure malgré le renouvellement du personnel. Un nouveau CIO qui prend connaissance d'un IPS bien rédigé peut reconstituer la philosophie, les contraintes et les priorités de la famille sans devoir interroger chaque membre de la famille à partir de zéro. Il ne s'agit pas là d'un avantage négligeable. Les recherches sur la governance des family offices identifient systématiquement les transitions de direction comme l'une des périodes les plus risquées en termes de dérive de la stratégie de portefeuille et de conflits familiaux concernant l'orientation des investissements.

Le vrai critère de qualité d'un IPS n'est pas l'impression qu'il produit lors d'une réunion du conseil. C'est de savoir si un nouveau collaborateur compétent, en le lisant seul, prendrait les mêmes décisions que celles prévues par la famille.

Causes courantes d'échec et moyens de les éviter

Trois causes d'échec reviennent régulièrement dans les family offices qui ont tenté de mettre en place un IPS et l'ont jugé inefficace. La première est une longueur excessive. Un IPS qui s'étend sur soixante pages de texte, de commentaires de marché et de développements philosophiques n'est pas un document de gouvernance : c'est un rapport. Les sections opérationnelles d'un IPS, celles qui encadrent réellement les comportements, devraient tenir en quinze à vingt pages. Les analyses et le contexte peuvent figurer en annexes, mais ne doivent pas être intégrés au corps de la politique.

Le deuxième écueil est de confondre l'IPS avec la politique de sélection des gestionnaires ou le manuel des procédures opérationnelles. Ces documents sont liés, mais distincts. L'IPS définit l'objectif du portefeuille ainsi que ce qu'il peut et ne peut pas faire. La politique de sélection des gestionnaires régit la manière dont les gestionnaires externes sont recherchés, évalués, désignés et contrôlés. Le manuel opérationnel régit les procédures de conservation, de règlement, de reporting et de compliance. Chaque document doit être rédigé, mis à jour et révisé de manière indépendante, avec des renvois explicites aux points de recoupement.

Le troisième écueil est de traiter l'IPS comme un document du family office plutôt que comme un document familial. Un IPS rédigé par l'équipe d'investissement, signé par le CIO, et que la famille n'a jamais examiné de manière approfondie ne constitue pas un accord entre la famille et le bureau. Il s'agit d'un ensemble de contraintes auto-imposées que cette même équipe peut réviser discrètement sans avoir à rendre de comptes. La famille, ou à tout le moins l'organe de governance qu'elle a désigné (conseil de famille, comité principal ou conseil d'administration familial), doit être l'autorité chargée d'approuver l'IPS ainsi que toute modification substantielle. Cette appropriation n'est pas une simple formalité. C'est le mécanisme qui fait de ce document une véritable contrainte plutôt qu'une courtoisie professionnelle.

L'implication de la famille dans le processus d'élaboration de l'IPS remplit également une fonction secondaire : elle contraint la famille à définir clairement, souvent pour la première fois, l'objectif réel du portefeuille. De nombreuses familles n'ont jamais eu de discussion structurée pour déterminer si la priorité est la préservation du capital d'une génération à l'autre, la génération de revenus pour les bénéficiaires actuels ou la croissance destinée à soutenir des ambitions philanthropiques. Le processus d'élaboration de l'IPS est l'occasion de mener cette discussion. Le document qui en résulte est plus solide, car il reflète un véritable consensus plutôt qu'un ensemble d'hypothèses formulées par l'équipe d'investissement au nom de la famille.

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