Investment Strategy

Cadres d'impact et d'ESG : choisir entre IMP, IRIS+ ou les ODD

Les frameworks se multiplient. Il est plus important d'en choisir un et de l'utiliser de manière cohérente que de choisir le « meilleur ».

Editorial TeamEditorial10 min de lecture
Man holding a sign for volunteer recruitment at a community center.
Photo: Julia M Cameron / Pexels

Points clés

  • Aucun cadre ne s'impose comme dominant : l'IMP, l'IRIS+, l'alignement sur les ODD et le TCFD abordent chacun des problèmes qui se recoupent sous des angles distincts, et aucun n'est universellement supérieur.
  • Le coût de l'indécision est bien réel : les family offices qui passent d'un cadre analytique à l'autre sans s'engager produisent des données incohérentes qui nuisent à la fois au reporting et à la confiance des investisseurs.
  • Les cinq dimensions d'impact de l'IMP constituent la structure analytique la plus approfondie pour la constitution d'un portefeuille ; IRIS+ propose des indicateurs standardisés ; l'alignement sur les ODD permet de communiquer l'intention aux publics externes de la manière la plus efficace.
  • Le TCFD s'inscrit en parallèle des cadres d'évaluation d'impact, et non en leur sein : il porte sur la publication d'informations relatives aux risques financiers liés au climat et doit être traité comme une exigence de Governance distincte.
  • Une politique-cadre documentée, révisée chaque année et appliquée à chaque décision ayant un impact, constitue l'investissement le plus rentable en matière de Governance qu'un family office puisse réaliser dans le cadre de son programme d'impact.
  • La proportionnalité est un facteur déterminant : un family office dont 80 % des actifs sont investis sur les marchés privés a besoin d'une infrastructure de mesure différente de celle d'un family office dont les actifs sont principalement investis dans des actions cotées.
  • Les évolutions réglementaires favorables, notamment le règlement de l'UE sur la publication d'informations en matière de finance durable et les normes de l'ISSB, favorisent la convergence, mais les family offices ne relevant pas du champ d'application obligatoire devraient néanmoins adopter ces normes de manière volontaire afin de préserver leur marge de manœuvre.

Pourquoi la question du cadre revient-elle sans cesse sur le tapis ?

Les family offices dotés de programmes d'impact suivent souvent un schéma bien connu. Un responsable revient d'une conférence sur la philanthropie, convaincu que l'alignement sur les ODD est le seul langage que parlent les institutions de financement du développement. Six mois plus tard, un partenaire de co-investissement potentiel insiste sur les dimensions de l'IMP. Pendant ce temps, l'équipe d'investissement a discrètement élaboré son propre tableur à l'aide d'une poignée d'indicateurs IRIS+. Il en résulte trois cadres partiels fonctionnant simultanément, dont aucun n'est appliqué avec suffisamment de rigueur pour générer des données utiles.

Il ne s'agit pas d'un problème marginal. Les études menées auprès des Single Family Offices comme des Multi Family Offices montrent systématiquement que moins d'un tiers des acteurs se réclamant d'une mission d'impact sont en mesure de fournir un ensemble de données cohérent, sous forme de séries chronologiques, ne serait-ce que pour cinq indicateurs d'impact. Le problème ne réside presque jamais dans un manque de cadres de référence, mais dans un manque d'engagement envers l'un d'entre eux.

Un cadre théoriquement moins performant, mais appliqué de manière cohérente pendant trois ans, fournit des informations plus exploitables qu'un cadre théoriquement plus performant, réévalué chaque année mais jamais pleinement mis en œuvre.

Les quatre cadres et leur fonction respective

Avant de faire son choix, un family office a besoin d'un aperçu honnête des fonctionnalités pour lesquelles chaque framework a été conçu. Le discours marketing autour de ces quatre frameworks tend à leur attribuer une polyvalence que leur architecture sous-jacente ne permet pas.

IMP : le pilier analytique

L'IMP, élaboré dans le cadre d'un processus de consensus mondial entre professionnels lancé vers 2016, structure l'évaluation d'impact selon cinq dimensions : Quoi (le résultat et son importance), Qui (les parties prenantes concernées et leur niveau de vulnérabilité), Dans quelle mesure (ampleur, profondeur et durée), Contribution (l'investissement est-il à l'origine du résultat ou celui-ci se serait-il produit de toute façon) et Risque (probabilité que l'impact soit inférieur aux prévisions). Ces cinq dimensions ne constituent pas une grille d'évaluation. Il s'agit d'une analyse structurée de la causalité et de la matérialité.

L'IMP a également introduit un spectre largement utilisé, allant de la prévention des impacts négatifs à la création de valeur pour les parties prenantes, en passant par la contribution à des solutions, une taxonomie qui aide les comités d'investissement à déterminer où se situe une position donnée dans la distribution des impacts. Sa limite pratique réside dans le fait qu'il fournit une structure sans indicateurs standardisés. Deux analystes appliquant ces cinq dimensions à un même investissement peuvent parvenir à des conclusions différentes si les données sous-jacentes utilisées diffèrent. C'est un atout pour les utilisateurs expérimentés qui recherchent une flexibilité analytique, et un inconvénient pour les organisations qui ont besoin de comparabilité au sein d'un vaste portefeuille.

IRIS+ : la bibliothèque de métriques

IRIS+, géré par le Global Impact Investing Network, s'apparente davantage à un catalogue normalisé qu'à un cadre de référence. Il contient plusieurs centaines d'indicateurs définis, classés par secteur, couvrant des domaines allant des services financiers à l'agriculture en passant par la santé. Ce catalogue permet à différents fonds et sociétés en portefeuille de rendre compte selon des définitions identiques, condition préalable à l'agrégation des données d'impact au sein d'un portefeuille ou d'une structure de fonds de fonds.

IRIS+ s'intègre à l'IMP en suggérant les indicateurs les plus pertinents pour chacune des cinq dimensions, et établit un lien avec les cibles des ODD lorsque ce lien est justifiable. Sa limite est l'inverse de celle de l'IMP : IRIS+ peut générer des volumes considérables de données standardisées tout en fournissant peu d'indications permettant de déterminer si les activités sous-jacentes sont réellement à l'origine des résultats mesurés. Une société de portefeuille peut rendre compte avec minutie de l'indicateur IRIS+ PI9420 (nombre de petits exploitants agricoles touchés) sans que ce chiffre ne donne d'indication significative sur l'amélioration réelle de la situation de ces agriculteurs.

Alignement sur les ODD : le volet communication

Les Objectifs de développement durable des Nations unies n'ont pas été conçus comme un cadre d'investissement. Ils ont été négociés en 2015 en tant qu'engagement politique entre les États membres et comprennent 17 objectifs et 169 cibles sous-jacentes. Leur adoption par la communauté des investisseurs reflète un besoin pragmatique de disposer d'un vocabulaire commun permettant de faire le lien entre le financement du développement, la philanthropie et les capitaux commerciaux, plutôt qu'une quelconque supériorité analytique.

L'alignement sur les ODD constitue le moyen le plus efficace de communiquer son intention d'impact à un large public externe, membres de la famille de toutes générations, co-investisseurs et régulateurs de juridictions ayant aligné leurs propres taxonomies de finance durable sur la structure des ODD. Le règlement sur la taxonomie de l'Union européenne, par exemple, s'appuie en partie sur des concepts dérivés des ODD. La limite de ce cadre est l'inverse de sa force communicative : presque tout investissement peut être associé à un ou plusieurs ODD à un niveau d'abstraction suffisant, ce qui le rend pratiquement inutile pour distinguer des investissements présentant des profils d'impact véritablement différents.

TCFD : le volet risques climatiques

Le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD), créé par le Conseil de stabilité financière en 2015 et désormais intégré au cadre de l'ISSB par le biais de la norme IFRS S2, opère selon une logique différente de celle des trois cadres précédents. Le TCFD examine la manière dont les risques physiques et de transition liés au climat affectent la valeur financière des actifs, et non la question de savoir si ces actifs produisent des résultats positifs pour la société. La Governance, la stratégie, le Risk Management ainsi que les indicateurs et les objectifs constituent ses quatre piliers de publication.

Le TCFD doit venir compléter un cadre d'impact, et non s'y intégrer. Un family office doté d'une politique d'impact claire fondée sur l'IMP doit tout de même conduire une analyse distincte des risques climatiques, conforme aux recommandations du TCFD, pour ses positions en Private Equity et en actifs réels. La convergence réglementaire qui s'opère par le biais de l'ISSB, de la directive européenne sur le reporting de durabilité des entreprises et des règles équivalentes au Royaume-Uni et en Australie signifie que les family offices détenant des participations importantes dans des sociétés d'exploitation ou disposant de structures de fonds seront soumis à des obligations de publication dérivées du TCFD, obligatoires ou quasi-obligatoires, qu'ils disposent ou non d'un programme d'impact volontaire.

Guide pratique pour choisir un framework

La question qui se pose n'est pas de savoir quel cadre est théoriquement le plus performant. Il s'agit de déterminer quel cadre correspond le mieux à la composition réelle du portefeuille du family office, à sa capacité de Governance et à ses objectifs de communication. Trois questions guident ce choix.

Où se situe le portefeuille sur l'axe coté-privé ?

Un family office dont 70 % ou plus des actifs à impact sont investis dans des actions cotées prend principalement des décisions en matière d'asset allocation et d'engagement. Dans ce contexte, l'alignement sur les ODD fournit une justification défendable et compréhensible par des tiers pour les orientations stratégiques et les exclusions ; les indicateurs IRIS+ sont en revanche largement inapplicables, le fonds ne contrôlant pas la collecte des données sous-jacentes. À l'inverse, un family office qui investit directement en actions dans des entreprises en phase de croissance sur les marchés émergents, ou par le biais de structures de crédit privé axées en priorité sur l'impact, dispose du pouvoir d'exiger des sociétés de son portefeuille qu'elles communiquent les indicateurs IRIS+. Il a tout intérêt à appliquer rigoureusement la dimension « contribution » de l'IMP, car la compréhension de l'additionnalité revêt une importance particulière lorsque les capitaux sont véritablement rares.

Quelle est la taille de l'équipe, et qui est responsable de la mesure d'impact ?

L'analyse en cinq dimensions de l'IMP nécessite une personne capable de la mener à bien de manière cohérente. Pour un family office doté d'un responsable dédié à l'évaluation d'impact ou d'une équipe de deux personnes chargée de cette mission, l'IMP offre le niveau de rigueur adéquat. Pour un family office où l'évaluation d'impact est l'une des sept responsabilités d'un analyste généraliste, IRIS+ fournit des lignes directrices qui réduisent la dépendance vis-à-vis du jugement analytique individuel. C'est le cadre qui doit s'adapter à l'équipe, et non l'inverse.

Quel est le public principal de ce reporting ?

Si la principale obligation de reporting du family office consiste à rendre des comptes à une nouvelle génération de membres de la famille désireux de savoir si le portefeuille est aligné sur les objectifs mondiaux de développement durable, la cartographie des ODD assortie d'indicateurs IRIS+ sélectionnés constitue le récit le plus accessible. Si le public principal est constitué de co-investisseurs institutionnels ou de partenaires issus d'institutions de financement du développement qui conduisent leur propre due diligence d'impact, l'alignement sur l'IMP est une condition préalable à un dialogue productif. Si les régulateurs de l'UE ou du Royaume-Uni constituent un public important, la classification selon les articles du SFDR et les informations requises par le TCFD sont incontournables.

La politique écrite : ce qu'elle doit contenir

Le choix d'un cadre est nécessaire, mais pas suffisant. Ce choix doit être consigné dans un document qui servira de directive permanente à l'équipe d'investissement. Une politique crédible relative au cadre d'impact doit comporter quatre éléments.

Premièrement, une déclaration relative au cadre de référence : une phrase unique précisant quel cadre régit l'évaluation d'impact des nouveaux investissements, en reconnaissant explicitement que d'autres cadres peuvent être utilisés à des fins de communication, mais pas pour les décisions d'investissement. Deuxièmement, un ensemble minimal de données : les indicateurs spécifiques, qu'il s'agisse d'entrées du catalogue IRIS+ ou d'évaluations des dimensions IMP, qui doivent être renseignés avant que tout investissement d'impact ne soit soumis au comité d'investissement. Troisièmement, un calendrier de révision : le cadre doit être réexaminé au regard du portefeuille et de l'évolution réglementaire à une fréquence annuelle fixe, toute modification devant être justifiée par écrit. La modification des cadres doit entraîner un coût de Governance, ce qui crée une incitation adéquate à faire un choix judicieux dès le départ. Quatrièmement, un modèle de reporting : un format standardisé permettant d'obtenir des données comparables d'une année à l'autre, grâce auquel le mandant peut observer si le profil d'impact global du portefeuille s'améliore, se détériore ou reste stable.

La politique relative au cadre d'impact n'est pas un document de communication. C'est un outil de Governance interne. Elle s'adresse au comité d'investissement, et non à la lettre d'information destinée aux familles.

La convergence réglementaire et ses implications pour les adoptants volontaires

Le cadre réglementaire évolue vers une obligation de publication d'informations non financières à un rythme qui aurait semblé invraisemblable avant 2020. Le règlement SFDR de l'UE, qui impose aux gestionnaires de fonds de classer leurs produits selon les articles 6, 8 ou 9 en fonction de leurs caractéristiques de durabilité, a introduit un degré de rigueur dans les définitions auquel la communauté des acteurs de l'impact volontaire s'était longtemps soustraite. Les normes IFRS S1 et S2 de l'ISSB, applicables aux périodes de reporting débutant en janvier 2024 dans plusieurs juridictions, établissent une référence mondiale en matière de publication d'informations sur la durabilité et le climat. Elles sont de plus en plus adoptées ou prises en compte par les régulateurs hors de l'UE, notamment à Singapour, au Japon et au Canada.

Les family offices ne relevant pas du champ d'application obligatoire devraient considérer cette convergence comme une contrainte de planification plutôt que comme un élément sans importance. Un family office qui articule son programme d'impact uniquement autour de l'alignement sur les ODD, sans aucun lien avec les concepts de l'ISSB ou du SFDR, devra faire face à un coût de conversion non négligeable lorsqu'un co-investisseur ou un gestionnaire de fonds en aval demandera des données compatibles avec le SFDR. Un programme reposant sur les fondements de l'IMP et de l'IRIS+ s'aligne plus clairement sur les principaux indicateurs d'impact négatif du SFDR et sur les exigences de publication sectorielles de l'ISSB. La prime de Governance liée au choix du bon cadre aujourd'hui constitue, en réalité, une option sur la marge de manœuvre réglementaire de demain.

Une configuration de référence recommandée pour la plupart des family offices

Pour un family office disposant d'un portefeuille mixte composé d'investissements d'impact privés et d'actions durables cotées, une approche de base pragmatique combine la structure en cinq dimensions de l'IMP comme cadre analytique pour les décisions d'investissement, un ensemble sélectionné de 10 à 20 indicateurs IRIS+ adaptés aux principaux secteurs du portefeuille, une cartographie des ODD servant de support de communication à l'intention de la famille et des parties prenantes externes, ainsi qu'un registre des risques climatiques distinct, conforme aux recommandations du TCFD et mis à jour chaque année. Cette combinaison ne nécessite pas de constituer une équipe de spécialistes à partir de zéro. Elle exige de s'engager à respecter la structure, de former l'équipe d'investissement spécifiquement sur les dimensions « contribution » et « risque » de l'IMP, et de résister à la tentation d'ajouter un sixième cadre dès qu'un nouveau concept gagne en popularité lors d'une conférence.

L'erreur la plus courante chez les family offices qui nourrissent de réelles ambitions en matière d'impact consiste à traiter le choix d'un cadre comme une décision récurrente plutôt que comme un choix de Governance ponctuel, soumis à un examen annuel rigoureux. Les cadres d'évaluation eux-mêmes sont accessibles au public, largement documentés et globalement stables. La ressource qui fait défaut n'est pas l'information les concernant. C'est la discipline organisationnelle nécessaire pour en choisir un et l'appliquer à chaque décision relative à l'impact, année après année, jusqu'à ce que les données s'accumulent suffisamment pour éclairer réellement le jugement.

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