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Éducation financière des membres de la famille au sein d'un family office

L'éducation financière au sein de la famille est le volet de la préparation de la prochaine génération qui mobilise le moins de ressources, et celui dont l'effet de levier est le plus élevé.

Editorial TeamEditorial10 min de lecture
Diverse colleagues engaging in a team meeting, discussing ideas in a modern office setting.
Photo: Mikhail Nilov / Pexels

Points clés

  • La plupart des family offices consacrent moins de 2 % de leur budget de fonctionnement annuel à l'éducation financière structurée, alors même que la préparation de la prochaine génération figure parmi les trois principaux risques de governance cités par les dirigeants.
  • Un programme d'éducation financière devrait s'articuler autour d'au moins quatre étapes : la phase de base (8-14 ans), l'adolescence (15-18 ans), le début de l'âge adulte (19-25 ans) et la vie active (à partir de 26 ans).
  • Le programme doit couvrir cinq domaines : les principes fondamentaux de la finance, les concepts d'investissement, les connaissances fiscales et juridiques, la participation à la governance, et la gestion responsable de la philanthropie.
  • En l'absence de critères de progression formels, les programmes éducatifs destinés à la nouvelle génération s'enlisent au stade introductif, formant des membres de la famille qui sont des observateurs avertis plutôt que des gestionnaires compétents.
  • L'intégration à la governance, notamment la participation des membres de la nouvelle génération à des conseils consultatifs ou à des conseils de jeunes avant leur entrée à part entière au sein du conseil d'administration, accélère le développement de leurs compétences en leur offrant une expérience concrète de la prise de décision.
  • Confidentialité et divulgation du patrimoine sont deux décisions distinctes : les familles peuvent sensibiliser leurs héritiers aux concepts financiers et aux structures de governance sans révéler la valeur précise des actifs ni la composition du portefeuille, jusqu'à ce que les critères de maturité soient remplis.
  • Le recours à un formateur externe indépendant, distinct du conseiller en investissement ou du conseiller juridique de la famille, atténue la charge politique que peuvent revêtir les séances d'éducation financière au sein de dynamiques familiales complexes.

Le déficit de préparation que les intérêts composés ne peuvent pas combler

La transmission du patrimoine est, par essence, un problème de transmission des connaissances. De nombreuses études consacrées aux transitions au sein de familles fortunées citent systématiquement la préparation insuffisante des héritiers comme l'une des principales causes de l'érosion du patrimoine d'une génération à l'autre, avant même les mauvaises décisions d'investissement et l'inefficacité fiscale. Pourtant, lorsque les family offices détaillent leurs budgets de fonctionnement annuels, les programmes de formation structurés destinés aux membres de la famille dépassent rarement 1 à 2 % des dépenses totales. Les honoraires de conseil, les frais de garde et l'infrastructure de reporting liés à un portefeuille important bénéficient de ressources bien supérieures à celles consacrées au développement du capital humain des personnes qui, à terme, contrôleront ce portefeuille.

Ce déséquilibre n'est pas irrationnel. L'éducation financière est un processus lent, difficile à évaluer et politiquement sensible au sein des familles. Un dirigeant qui s'est constitué une fortune considérable en prenant des risques concentrés dans une entreprise privée peut avoir du mal à identifier un programme pédagogique permettant de traduire cette expérience en connaissances transmissibles à un adolescent de 16 ans. Il en résulte un schéma courant : les membres de la nouvelle génération ne reçoivent qu'une initiation fragmentaire aux concepts financiers, assistent occasionnellement aux réunions du conseil d'administration en tant qu'observateurs, et héritent de responsabilités de governance pour lesquelles ils ne sont structurellement pas préparés.

La question n'est jamais de savoir si les héritiers finiront par être mis au courant de la situation financière de la famille. La question est de savoir s'ils en prendront connaissance avant ou après que des décisions importantes leur auront été confiées.

Un cadre en quatre étapes pour une éducation financière structurée

Un programme d'éducation financière familiale crédible reprend la logique de développement propre à la formation professionnelle : les compétences s'acquièrent progressivement, la complexité augmente à mesure que l'on démontre sa capacité à les assimiler, et des étapes d'évaluation marquent la fin de chaque phase. Les quatre phases de la vie correspondent à des objectifs d'apprentissage distincts et à un niveau d'implication adapté.

Première étape : l'alphabétisation de base (8-14 ans)

À ce stade, l'objectif n'est pas de sensibiliser à la richesse, mais d'aborder les mécanismes financiers. Les enfants doivent comprendre la valeur temporelle de l'argent, la différence entre le revenu et le capital, ainsi que les principes fondamentaux de l'épargne et des dépenses dans le cadre d'un budget. Les familles qui initient leurs enfants à ces concepts par le biais d'exercices pratiques, une petite allocation personnelle comprenant une part destinée à l'épargne, la participation à une décision concernant un don modeste à une œuvre caritative, ou un jeu simulant des investissements, voient généralement leurs adolescents acquérir des compétences en calcul plus durables que ceux qui ne reçoivent qu'un enseignement purement théorique. Les montants précis en jeu n'ont aucune importance ; ce sont les habitudes de réflexion qui comptent.

Il est essentiel que cette étape se déroule entièrement en dehors du contexte de la fortune réelle de la famille. Présenter aux enfants de cette tranche d'âge des chiffres de bilan ou la valeur des actifs ne sert aucun objectif pédagogique et comporte un risque psychologique réel, notamment le développement d'un sentiment de droit acquis et l'apparition d'anxiété. Le programme doit être identique à celui d'une éducation financière solide destinée à tout enfant.

Deuxième étape : l'engagement des adolescents (15-18 ans)

L'adolescence est le moment idéal pour aborder les concepts d'investissement d'un point de vue théorique : les catégories d'actifs, la diversification, la relation entre risque et rendement, ainsi que le fonctionnement des intérêts composés. C'est également à ce stade que le vocabulaire lié à la governance prend tout son sens. Des termes tels que « obligation fiduciaire », « responsabilité de Trustee » et « droits des bénéficiaires » doivent être présentés non pas comme des concepts juridiques abstraits, mais comme des rôles concrets que les membres de la famille seront un jour amenés à assumer ou à rencontrer.

Certaines familles profitent de cette étape pour présenter le concept d'une Family Constitution ou d'une déclaration de politique d'investissement sous une forme simplifiée, sans dévoiler d'objectifs ni de positions spécifiques. L'objectif est de familiariser l'héritier avec l'existence et la finalité des documents de governance avant qu'il ne soit amené à les interpréter ou à agir en conséquence. Un critère utile : un jeune de 18 ans bien préparé devrait être capable d'expliquer, en termes simples, le rôle d'un Trust, les raisons pour lesquelles les familles ont recours à des structures de détention de patrimoine, et les responsabilités d'un conseil d'administration.

Troisième étape : le développement des jeunes adultes (19-25 ans)

Il s'agit de l'étape la plus cruciale, et celle qui est le plus souvent mal gérée. Les familles soit exposent trop les jeunes adultes, en les impliquant dans des discussions complexes sur la governance avant qu'ils n'en aient saisi le contexte, soit ne les exposent pas assez, en traitant le family office comme un sujet à dévoiler progressivement, à la discrétion du chef de famille. Aucune de ces deux approches ne permet de former des gestionnaires compétents.

Le modèle approprié repose sur une participation structurée dont le champ d'action est clairement défini. Un jeune adulte pourrait siéger au sein d'un conseil familial junior ou d'un comité philanthropique, disposant d'un réel pouvoir de décision sur un budget de subventions modeste, de l'ordre de 0,1 à 0,5 % des distributions annuelles de la fondation. Il devrait recevoir des rapports d'investissement annotés, et non des données brutes, accompagnés de commentaires explicatifs visant à développer une capacité d'interprétation autonome. Une formation formelle aux concepts fiscaux, notamment aux mécanismes de l'impôt sur le revenu, au traitement des plus-values et à la finalité de structures telles que les sociétés en commandite familiales ou les Trusts offshore, devrait être dispensée à ce stade par un conseiller indépendant des principaux conseillers juridiques et financiers de la famille.

L'indépendance du formateur est essentielle. Lorsque ce sont les avocats ou les gestionnaires de patrimoine de la famille eux-mêmes qui dispensent cette formation, les séances prennent un caractère de « service client » qui tend subtilement à étouffer l'esprit critique. Les héritiers apprennent à recevoir plutôt qu'à questionner. Un animateur indépendant, n'entretenant aucune relation commerciale avec les prestataires de gestion de patrimoine ou de conseil de la famille, crée un environnement psychologiquement plus sûr, propice au type de questionnement fondamental que requiert une véritable compréhension.

Quatrième étape : compétence active des parties prenantes (à partir de 26 ans)

Lorsqu'un membre de la famille endosse un rôle officiel de governance, en tant que Trustee, membre du conseil d'administration ou bénéficiaire disposant de droits de nomination, , il doit avoir franchi toutes les étapes préalables et satisfait à des critères de préparation bien définis. Ces critères peuvent notamment inclure : une compréhension avérée de la déclaration de politique d'investissement de la famille, la réussite d'un programme structuré de courte durée portant sur les obligations des Trustees en vertu de la législation applicable en matière de Trust, telle que le Trustee Act 2000 en Angleterre et au Pays de Galles, ou des dispositions comparables à Jersey, aux Îles Caïmans ou à Singapour, , et au moins un an de participation au sein d'une structure de governance junior.

À ce stade, la formation devient un processus continu plutôt que séquentiel. Les membres de la famille qui sont des parties prenantes actives devraient participer aux bilans annuels de governance, être informés des évolutions réglementaires pertinentes pour la structure familiale, notamment les obligations de déclaration au titre de FATCA et du CRS, les implications du Pilier 2 BEPS pour toute entreprise opérationnelle détenue au sein de la structure, ainsi que les modifications pertinentes apportées aux cadres MiFID II ou AIFMD affectant les comptes gérés ou les investissements dans des fonds, , et être accompagnés dans l'élaboration d'une philosophie financière personnelle cohérente avec l'approche d'investissement collective de la famille, tout en s'en distinguant.

Cinq domaines que tout programme doit aborder

Quelle que soit la phase concernée, un programme complet d'éducation financière familiale doit couvrir cinq domaines essentiels. Les programmes qui n'en traitent que quatre sur cinq tendent à former des membres de la famille assurés dans certains domaines, mais dangereusement lacunaires dans d'autres.

Le premier domaine concerne les mécanismes financiers : la budgétisation, le cash flow, l'endettement, ainsi que les principes mathématiques de la capitalisation et de l'actualisation. Le second porte sur les concepts d'investissement : l'asset allocation, la construction de portefeuille, les critères de sélection des gestionnaires et l'évaluation de la performance nette de frais et d'impôts. Les familles doivent comprendre qu'une commission de gestion active typique de 50 à 100 points de base, calculée en intérêts composés sur 20 ans pour un portefeuille important, représente un transfert de patrimoine significatif au profit des gestionnaires, et non un coût neutre lié à la participation.

Le troisième domaine concerne les connaissances fiscales et juridiques : il s'agit de comprendre comment différentes structures, Trusts, fondations, sociétés holding et sociétés de personnes, interagissent avec les systèmes fiscaux des juridictions dans lesquelles les membres de la famille résident et perçoivent des revenus. Cela n'implique pas que les membres de la famille deviennent des conseillers fiscaux, mais exige qu'ils sachent quelles questions poser et à quoi doivent ressembler les réponses. Le quatrième domaine concerne la participation à la governance : les droits et responsabilités des bénéficiaires et des administrateurs, la raison d'être des conseils de famille et des comités d'investissement, ainsi que les processus par lesquels les décisions majeures sont prises et contestées. Le cinquième domaine est la gestion philanthropique : la stratégie d'octroi de subventions, la mesure de l'impact et la governance des structures caritatives, qui représentent pour de nombreuses familles entre 10 et 30 % du total des actifs structurés.

Confidentialité, divulgation et enjeux politiques de l'éducation financière

L'une des raisons les plus courantes pour lesquelles les familles reportent ou édulcorent les programmes d'éducation financière est la réticence du chef de famille à divulguer des informations financières spécifiques à des héritiers qu'il juge insuffisamment préparés. Il s'agit là d'une préoccupation légitime, mais elle confond deux décisions distinctes : celle d'éduquer et celle de divulguer.

Un membre de la famille peut acquérir une connaissance approfondie des mécanismes du Trust, des principes d'investissement, des structures fiscales et des cadres de governance sans jamais consulter un bilan ou un relevé de portefeuille. La maîtrise conceptuelle précède l'accès à l'information, et en est logiquement indépendante. Les familles qui comprennent cette distinction sont en mesure de mettre en place des programmes de formation solides pour les étapes 1 à 3 sans susciter l'anxiété liée à la divulgation du patrimoine, qui est souvent à l'origine du blocage des programmes.

La compétence précède la divulgation. Un membre de la nouvelle génération qui comprend comment un portefeuille est constitué, évalué et géré est prêt à en prendre connaissance. Celui qui ne le comprend pas ne l'est pas, quel que soit son âge.

Les enjeux politiques liés à l'éducation financière au sein des familles sont bien réels et méritent d'être reconnus sans détour. Dans les familles multigénérationnelles, les différentes branches peuvent présenter des niveaux d'accès variés, des degrés d'anxiété financière différents et des points de vue divergents sur ce que les héritiers doivent savoir, et à quel moment. Un programme bien conçu comprend un protocole de governance familiale qui précise par écrit les critères permettant aux membres de la famille de passer d'une étape à la suivante, qui est chargé de dispenser chaque volet du programme, et comment les différends concernant la progression sont résolus. Sans ce protocole, les initiatives éducatives sont soumises aux mêmes dynamiques interpersonnelles qui compliquent tous les autres domaines de la governance familiale.

Mesurer le retour sur investissement dans l'éducation

Les family offices qui traitent l'éducation financière comme un programme mesurable plutôt que comme une aspiration informelle ont tendance à la pérenniser. Des indicateurs simples suffisent : le pourcentage de membres de la nouvelle génération ayant franchi chaque étape, le nombre de participants actifs au sein des structures de governance junior, la fréquence des sessions de formation par an, ainsi qu'une évaluation périodique des compétences menée par un animateur indépendant. Ces indicateurs n'ont pas besoin d'être sophistiqués ; ils doivent être suivis et communiqués à l'organe de governance de la famille avec la même régularité que les performances d'investissement.

Le retour sur cet investissement est difficile à quantifier directement, mais il n'est pas invisible pour autant. Les familles disposant de programmes éducatifs structurés font état de moins de conflits concernant les décisions de Trustee, d'une intégration plus rapide des membres de la nouvelle génération aux postes de governance, ainsi que d'une plus grande cohésion autour de la philosophie d'investissement familiale en période de tensions sur les marchés. Ces résultats s'accumulent dans le temps d'une manière que la seule gestion du bilan ne saurait produire. La génération aînée a bâti sa fortune en mettant ses connaissances au service des opportunités. Le legs le plus durable qu'elle puisse transmettre n'est pas la fortune elle-même, mais les connaissances nécessaires pour la gérer.

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