Governance & Succession

Conseil de famille et assemblée de famille : structure et fréquence

Deux instances de governance distinctes ayant chacune un objectif différent : les confondre conduit à des réunions qui ne permettent pas de prendre de décisions et qui ne fournissent pas suffisamment d'informations.

Editorial TeamEditorial10 min de lecture
A hand holding a pen signing a document close-up on a desk, symbolizing agreement or contract finalization.
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Points clés

  • Le conseil de famille est un petit organe doté d'un pouvoir de décision, composé généralement de cinq à neuf membres, qui fait office de principal intermédiaire entre la famille et la direction du family office.
  • L'assemblée de famille est un espace plus large dédié à l'information, à l'éducation et à la recherche d'un consensus : elle entérine plutôt qu'elle ne décide, et permet de faire remonter les préoccupations avant qu'elles ne se transforment en conflits.
  • Confondre ces deux instances constitue l'erreur structurelle la plus courante dans les family offices en phase de démarrage, ce qui donne lieu à des ordres du jour trop opérationnels pour l'assemblée et trop politiques pour le conseil.
  • La fréquence est tout aussi importante que la composition : un conseil qui se réunit moins de quatre fois par an perd en continuité ; une assemblée qui se tient plus de deux fois par an risque d'engendrer une lassitude et une baisse de la participation.
  • Les statuts, les règles relatives au quorum et les droits de décision formalisés ne sont pas négociables. En leur absence, les deux instances restent soumises à l'autorité informelle du fondateur, ce qui va à l'encontre de l'objectif même de la governance.
  • Les transitions générationnelles constituent un véritable test de résistance pour les deux instances : le passage d'un conseil dirigé par le fondateur à un conseil composé de plusieurs branches nécessite des règles explicites d'attribution des sièges, liées à la part d'intérêt économique ou à la branche familiale.
  • Ces deux instances devraient fonctionner dans le cadre d'une politique officielle en matière de conflits d'intérêts, en particulier lorsque les membres du conseil occupent également des fonctions consultatives au sein de sociétés du portefeuille ou de véhicules d'investissement externes.

Pourquoi cette distinction est-elle importante ?

La plupart des familles mettent en place une forme d'instance de governance lorsque leur structure atteint un certain seuil de complexité, généralement lorsque les actifs sous gestion dépassent $150M ou que la famille s'étend sur plus de deux générations. À ce stade, le fondateur ne peut plus être le seul intermédiaire entre les intérêts de la famille et le fonctionnement de la structure. Une organisation plus formelle s'impose. L'instinct est de créer un comité unique, de l'appeler « conseil de famille », puis d'y inviter tout le monde. Il en résulte un organe trop vaste pour décider et trop restreint pour être représentatif, une instance qui oscille entre les détails opérationnels et les dynamiques familiales sans parvenir à résoudre ni les uns ni les autres.

Une architecture adéquate sépare la fonction décisionnelle de la fonction de concertation. Le conseil de famille gouverne. L'assemblée de famille délibère. Les deux sont indispensables ; aucune ne peut se substituer à l'autre. Comprendre le rôle de chaque instance, qui en fait partie, à quelle fréquence elle se réunit et comment elle s'articule avec la direction exécutive, constitue le point de départ de tout programme cohérent de governance familiale.

Le conseil de famille : composition, pouvoirs et obligation de rendre compte

Un conseil de famille est, d'un point de vue structurel, l'équivalent d'un conseil d'administration dans la relation entre la famille et son family office. Il ne gère pas les investissements, mais définit la déclaration de politique d'investissement. Il ne recrute pas de gestionnaires de portefeuille, mais approuve le mandat et le cadre de rémunération du CIO. Il ne rédige pas la Family Constitution, mais en ratifie les modifications. La distinction entre la définition de la politique et son exécution constitue la limite fondamentale du conseil ; respecter cette limite est la principale discipline de governance exigée de ses membres.

Taille et composition

Les conseils efficaces comptent entre cinq et neuf membres. En dessous de cinq, l'instance manque de recul et risque d'être dominée par une seule voix. Au-delà de neuf, la prise de décision devient lourde, et la tentation de résoudre les désaccords de manière informelle, en dehors de la salle de réunion, s'accroît proportionnellement. Dans les familles comportant plusieurs branches, les sièges sont généralement attribués par branche plutôt qu'à titre individuel, chaque branche désignant son représentant selon son propre processus interne. Lorsque les intérêts économiques sont inégaux, certaines familles pondèrent les droits de vote en conséquence, bien que cela génère des tensions et nécessite une mention explicite dans la charte du conseil.

Des mandats de trois ans, renouvelables une seule fois, sont largement considérés comme la meilleure pratique. Ils garantissent la continuité sans entraîner de sclérose. Des mandats échelonnés, environ un tiers du conseil renouvelé chaque année, permettent de préserver la mémoire institutionnelle lors des transitions. Des membres indépendants n'appartenant pas à la famille, généralement un ou deux, apportent une rigueur professionnelle et permettent de départager les votes en cas d'égalité. Ces personnes doivent être sélectionnées en fonction de leur expertise (governance fiduciaire, droit fiscal ou contrôle des investissements) plutôt que de leur connaissance personnelle de la famille. Leur indépendance doit être formellement évaluée selon des critères calqués sur ceux appliqués aux administrateurs indépendants dans le cadre du UK Corporate Governance Code ou des Principes de l'OCDE relatifs à la gouvernance d'entreprise.

Les droits de décision et la charte

La charte du conseil n'est pas un document purement formel. Elle doit préciser, au minimum : les catégories de décisions réservées au conseil, le quorum requis pour la validité des décisions, le seuil de vote pour les résolutions ordinaires par opposition aux résolutions extraordinaires, la procédure de révocation d'un membre, ainsi que le protocole de gestion des conflits d'intérêts. Les familles dont les activités s'étendent sur plusieurs juridictions doivent veiller à ce que la charte soit examinée au regard du droit local, en particulier lorsque le family office est structuré en tant qu'entité réglementée dans le cadre de dispositifs tels que l'AIFMD ou le régime d'agrément de la MAS de Singapour pour les single family offices.

Les questions relevant de la compétence exclusive du conseil comprennent généralement : l'approbation de la déclaration de politique d'investissement, l'approbation du budget annuel du family office, la nomination et la révocation du CEO du family office, les modifications apportées à la politique de distribution ou de liquidité, ainsi que l'approbation de toute transaction impliquant un conflit d'intérêts. Ce que le conseil ne doit pas faire : approuver des décisions d'investissement individuelles, examiner en détail les rapports de due diligence des gestionnaires, ni statuer sur des litiges familiaux concernant des dépenses courantes. Ces questions relèvent soit de l'équipe de direction, soit d'un processus distinct de médiation familiale.

Un conseil qui examine des contrats individuels a confondu governance et gestion. Son autorité s'amenuise dès lors qu'il franchit cette ligne, car il devient responsable de résultats qu'il n'est pas en mesure d'obtenir.

Fréquence et préparation des réunions

Quatre à six réunions formelles par an constituent la fréquence appropriée pour la plupart des conseils. En dessous de quatre, le conseil perd en continuité entre les sessions et adopte une posture réactive plutôt que stratégique. Au-delà de six, il risque de se livrer à une microgestion de l'équipe de direction. Chaque réunion doit être précédée d'un dossier de séance structuré, diffusé au moins cinq jours ouvrés à l'avance, contenant le rapport opérationnel du CEO, le résumé de l'asset allocation du CIO, une mise à jour compliance et risques, ainsi que tout document nécessitant une résolution formelle. Les réunions reposant uniquement sur des échanges oraux constituent un échec de governance : elles ne peuvent pas faire l'objet d'un procès-verbal en bonne et due forme et désavantagent les membres qui n'ont pas pu participer aux échanges préparatoires.

Les procès-verbaux doivent consigner les décisions et les principaux motifs qui les sous-tendent, et non les échanges mot pour mot. Ils doivent être approuvés lors de la réunion suivante, constituant ainsi une piste d'audit continue. Dans les juridictions soumises aux obligations déclaratives FATCA ou CRS, l'existence de procès-verbaux documentés peut être pertinente pour les évaluations de substance et de contrôle menées par les autorités fiscales, en particulier lorsque le family office est domicilié dans une juridiction à faible imposition et que les régulateurs vérifient si une véritable activité de governance y est exercée.

L'assemblée de famille : engagement, éducation et consensus

L'assemblée de famille remplit une fonction radicalement différente. Là où le conseil gouverne, l'assemblée informe, éduque et forge la vision commune qui unit la famille au-delà des générations et des frontières géographiques. C'est le lieu où la nouvelle génération découvre les valeurs et la philosophie d'investissement de la famille, où les branches non représentées au conseil sont informées des décisions de celui-ci, et où la famille fait remonter les préoccupations ou priorités que le conseil doit prendre en compte dans ses délibérations.

Qui y participe et pourquoi ?

L'assemblée comprend généralement tous les membres adultes de la famille ayant un intérêt bénéficiaire dans le patrimoine familial, ce qui, dans une famille de troisième génération, peut représenter entre trente et soixante personnes réparties dans plusieurs pays. Certaines familles invitent les conjoints ou partenaires en tant qu'observateurs, bien que les droits de vote, lorsque l'assemblée procède à un vote formel, soient généralement réservés aux membres de la lignée directe ou à ceux détenant un droit de propriété légal. L'assemblée ne remplace pas les réunions familiales informelles, mais elle doit être conçue comme un forum professionnel. Mélanger les questions de governance avec des vacances en famille, pratique courante chez la première génération, devient de plus en plus problématique à mesure que la famille s'agrandit : cela confond les sphères professionnelle et personnelle d'une manière qui nuit à l'efficacité des deux.

Ce que l'assemblée fait et ne fait pas

L'ordre du jour de l'assemblée devrait s'articuler autour de trois axes. Premièrement, le compte rendu : le président du conseil et le CEO présentent un bilan annuel des performances du family office, des activités de governance et des priorités stratégiques. Il ne s'agit pas d'une analyse détaillée des investissements, mais d'un résumé compréhensible pour les membres de la famille qui ne sont pas des professionnels de la finance. Deuxièmement, la formation : des sessions consacrées à des thèmes tels que les structures d'investissement alternatives, les implications du Pilier Deux du BEPS pour les entreprises familiales en activité, ou les principes fondamentaux de l'Estate Planning dans un contexte multijuridictionnel permettent aux membres de la famille d'acquérir les connaissances conceptuelles nécessaires pour participer de manière constructive aux décisions de governance. Troisièmement, la consultation : le conseil peut profiter de l'assemblée pour tester les réactions face à des propositions de modification de la politique de distribution, à l'ajout de programmes philanthropiques ou à des changements dans l'empreinte géographique de la famille, avant de prendre une décision formelle.

L'assemblée ne devrait pas se prononcer sur des questions opérationnelles, approuver la déclaration de politique d'investissement ni débattre des performances du CEO. Ces fonctions relèvent du conseil. Les transférer à l'assemblée crée une confusion en matière de responsabilité. Si l'assemblée adopte une résolution qui contredit la position du conseil, la famille se retrouve confrontée à une crise de governance, et non à un processus de governance.

Rythme et format

Une ou deux fois par an constitue le rythme approprié pour une assemblée de famille. Une réunion annuelle d'un à deux jours, articulée autour de présentations formelles, d'ateliers thématiques ou par génération, et d'une séance plénière de clôture, répond aux besoins de la plupart des familles. Une deuxième réunion, plus informelle, par exemple une demi-journée consacrée à la formation ou à un seul sujet stratégique, peut être organisée lorsque les circonstances le justifient. Au-delà de deux réunions par an, la participation a tendance à diminuer et la valeur ajoutée de chaque session s'amenuise. La participation à distance doit être envisagée par défaut dans les familles réparties sur plusieurs fuseaux horaires ; la dynamique propre à une assemblée en présentiel, en particulier pour les membres de la nouvelle génération qui sont encore en train de forger leur rapport au patrimoine familial, reste toutefois difficile à reproduire par voie numérique.

Relier les deux instances : circulation de l'autorité et de l'information

Le conseil et l'assemblée ne constituent pas des structures parallèles. Ils s'inscrivent dans une hiérarchie d'autorité et un cycle d'information. L'assemblée définit le mandat général dans le cadre duquel le conseil exerce ses fonctions. Le conseil prend des décisions dans ce cadre et rend compte à l'assemblée. L'équipe de direction met en œuvre les décisions du conseil et rend compte à ce dernier. Ce flux à trois niveaux, de l'assemblée au conseil, puis à l'équipe de direction, constitue l'architecture recommandée par la plupart des conseillers en governance. Elle reflète la structure habituelle assemblée générale / conseil d'administration / direction que l'on retrouve dans la governance d'entreprise.

Le lien entre ces instances nécessite un mécanisme structurel que les familles omettent souvent : une boucle de rétroaction formelle. Après chaque réunion du conseil, celui-ci devrait consigner ce qu'il a entendu de la part des membres de la famille et indiquer comment ces contributions influenceront ses travaux à venir, le cas échéant. À l'issue de chaque cycle de réunions, un résumé devrait être rédigé à l'intention de la prochaine assemblée. Sans cette boucle, l'assemblée devient un simple canal de diffusion plutôt qu'un véritable forum de participation, et les membres de la famille se désengagent au bout de deux ou trois cycles.

La légitimité de la governance ne découle pas d'une charte. Elle se mérite par une écoute constante et documentée des personnes que la structure de governance est censée servir.

Transitions générationnelles et points de tension structurels

Le moment où le cadre du conseil et de l'assemblée se désagrège le plus souvent correspond à la transition de la première à la deuxième génération. Le fondateur, qui présidait généralement le conseil de manière informelle tout en incarnant de facto l'assemblée, se retire de ce rôle central. Plusieurs branches, aux intérêts économiques divergents et aux niveaux d'implication variés dans l'entreprise familiale, ont désormais besoin d'être représentées. La répartition des sièges devient source de conflits. L'autorité informelle qui assurait auparavant une transition en douceur disparaît, et les lacunes des processus non documentés deviennent évidentes.

Les familles qui parviennent à mener à bien cette transition y parviennent parce qu'elles ont établi des règles d'attribution par écrit avant le début de la transition, et non après. Un modèle courant consiste à attribuer les sièges au conseil par branche familiale, chaque branche ayant droit à un siège par génération représentée, sous réserve d'un seuil minimum de participation, souvent fixé entre 5 % et 10 % de l'intérêt bénéficiaire total. Les branches situées en dessous de ce seuil participent à l'assemblée mais pas au conseil. Cela génère des tensions qui doivent être gérées grâce à une communication claire et à un engagement sincère en faveur de la transparence dans les comptes rendus du conseil à l'assemblée.

L'architecture de governance d'un family office n'est pas un monument immuable. Elle doit faire l'objet d'un réexamen formel tous les trois à cinq ans, conduit par un conseiller externe en governance. À mesure que la famille s'agrandit, que le cadre réglementaire évolue et que le portefeuille et la stratégie du family office se transforment, tant le mandat du conseil que la composition de l'assemblée devront être adaptés. L'objectif n'est pas de préserver la structure d'origine, mais de préserver l'intention initiale : une famille qui prend des décisions réfléchies et bien encadrées concernant son patrimoine commun, et qui reste soudée à travers les générations nécessaires à sa gestion.

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