Governance & Succession

Le modèle du conseil consultatif dans les family offices

Un regard extérieur indépendant, sans dilution du contrôle familial.

Editorial Team11 min de lecture
Business team analyzing financial charts and graphs during a collaborative meeting.
Photo: Yan Krukau / Pexels

Points clés

  • Un conseil consultatif n'est soumis à aucun devoir fiduciaire et ne dispose d'aucun droit de vote — ce qui le distingue structurellement d'un conseil d'administration, avec des implications directes sur la responsabilité juridique et la franchise des échanges.
  • Les rémunérations observées sur le marché pour les membres indépendants d'un conseil consultatif de family office se situent généralement entre 15 000 et 60 000 CHF ou EUR par an en honoraires de retainer, selon la fréquence des réunions et la complexité du mandat.
  • Des mandats de deux à trois ans, renouvelables une seule fois, permettent d'équilibrer continuité et renouvellement des perspectives, tout en limitant le risque de capture progressive par la dynamique familiale.
  • La conception de l'ordre du jour est l'élément le plus souvent négligé : des conseillers qui ne reçoivent aucun document préparatoire, ou qui sont confrontés à des décisions déjà arrêtées, n'apportent guère plus qu'une caution réputationnelle.
  • Le modèle du conseil consultatif est de plus en plus mobilisé pour répondre aux attentes quasi-réglementaires dans le cadre de l'AIFMD et de MiFID II, où la démonstration d'une surveillance indépendante peut étayer les demandes d'agrément et les évaluations de governance auprès de l'AMF, de la CSSF ou de la FINMA.
  • La cohabitation, sans séparation claire des rôles, de dirigeants opérationnels et de membres indépendants au sein du même conseil constitue l'erreur structurelle la plus fréquente — elle engendre des conflits qui neutralisent la voix indépendante.
  • Une charte écrite du conseil consultatif, réexaminée chaque année, constitue le standard minimum de governance : elle précise le périmètre d'intervention, la rémunération, les obligations de confidentialité et la procédure de révocation d'un membre.

Pourquoi les family offices formalisent-ils leur recours aux conseils extérieurs ?

Le single-family office a toujours entretenu des réseaux informels de conseillers de confiance — avocats, anciens banquiers, dirigeants retraités, parfois un universitaire bienveillant. Ce qui a changé, c'est la pression à formaliser ces relations. La complexité réglementaire croissante, des transferts de patrimoine intergénérationnels d'une ampleur inédite et la sophistication grandissante des familles elles-mêmes ont créé une demande structurée de conseils extérieurs dotés d'une véritable responsabilité. Selon l'édition 2023 du Global Family Office Report, 54 % des family offices gérant plus de 500 millions de dollars d'actifs disposent désormais d'une forme ou d'une autre de conseil consultatif, contre 31 % il y a dix ans. Parmi les structures gérant moins de 250 millions, le taux d'adoption reste faible — environ 18 % — ce qui indique que le modèle est encore perçu comme un luxe plutôt que comme une nécessité de governance.

Cette perception mérite d'être remise en question. Un conseil consultatif ne requiert ni un grand secrétariat, ni une salle de réunion dans un centre financier, ni un budget susceptible de grever les finances d'un family office de taille intermédiaire. Ce qu'il exige, c'est une finalité claire, un recrutement rigoureux et une conception disciplinée des ordres du jour. Sans ces trois éléments, même le groupe de conseillers extérieurs le plus titré glissera vers une fonction purement cérémonielle — un écueil bien documenté dans la littérature sur la governance familiale, et qui explique pourquoi de nombreuses familles ayant expérimenté ce modèle il y a quelques décennies y ont finalement renoncé.

Conseil consultatif et conseil d'administration fiduciaire : une distinction qui a des conséquences

Les différences juridiques et pratiques entre un conseil consultatif et un organe fiduciaire sont suffisamment significatives pour influer sur le recrutement, la rémunération, la franchise des échanges et l'exposition à la responsabilité. Un conseil d'administration fiduciaire — qu'il s'agisse du conseil de la holding familiale ou du conseil d'un véhicule d'investissement réglementé — est soumis à des obligations légalement contraignantes de diligence et de loyauté. Ses membres peuvent être poursuivis. Leurs décisions peuvent être contestées. Dans des juridictions comme le Luxembourg, la Suisse ou les Îles Caïmans, la responsabilité fiduciaire est bien établie et régulièrement mise en jeu. Un conseil consultatif, en revanche, ne dispose d'aucun droit de vote, d'aucun pouvoir décisionnel contraignant et d'aucun devoir fiduciaire, sauf si ce dernier est explicitement créé par contrat.

Cette distinction conditionne la nature même des échanges possibles. Un membre d'un conseil fiduciaire est, par nature, prudent. L'exposition à la responsabilité incite à la défensive, aux précautions juridiques et à l'alignement sur l'interprétation la plus conservatrice de chaque problème. Un membre d'un conseil consultatif, qui n'engage pas sa responsabilité sur les résultats, peut se permettre d'être plus direct, plus spéculatif, et plus honnête face à des vérités inconfortables. Les familles qui souhaitent que leurs hypothèses d'investissement, leurs scénarios de succession ou leurs choix de dépenses opérationnelles soient véritablement challengés sont souvent mieux servies par un conseil consultatif bien piloté que par une structure fiduciaire qui transforme chaque discussion en exercice de gestion des risques.

Le principal avantage structurel du conseil consultatif tient précisément à ce que ses détracteurs lui reprochent : il est dépourvu de pouvoir. Des conseillers qui ne peuvent être tenus responsables des résultats sont libres de dire à la famille ce qu'elle a besoin d'entendre, plutôt que ce qui protège leur propre position.

Il existe néanmoins une limite. Lorsqu'un family office gère un véhicule d'investissement réglementé — un fonds alternatif relevant de l'AIFMD, une gestion discrétionnaire agréée sous MiFID II, ou une structure fiduciaire privée en droit civil ou common law — le conseil consultatif ne peut pas se substituer à la surveillance indépendante exigée par les régulateurs. La CSSF au Luxembourg, la FINMA en Suisse et l'AMF en France ont chacun, dans des contextes différents, examiné des dispositifs de governance dans lesquels des conseils consultatifs étaient présentés comme preuves d'une surveillance indépendante, sans les structures d'imputabilité correspondantes. Le modèle consultatif est un complément à la governance réglementaire, non un substitut.

Composition : trouver le bon équilibre entre expertise et indépendance

Les conseils consultatifs efficaces sont restreints. Trois à cinq membres constituent le format fonctionnel adapté à la majorité des family offices. Les groupes plus larges diluent l'imputabilité individuelle, alourdissent la coordination et rendent plus difficile l'instauration de la confiance nécessaire à des échanges francs. La question de la composition est plus subtile qu'il n'y paraît, car la tentation est de recruter par prestige plutôt que par adéquation analytique. Un ancien haut fonctionnaire d'une banque centrale, un associé retraité d'un fonds de private equity et un universitaire reconnu peuvent chacun afficher des parcours impressionnants, tout en produisant très peu de questionnements utiles si leur expertise ne correspond pas aux véritables incertitudes stratégiques du family office.

Une approche plus productive consiste à identifier les deux ou trois questions auxquelles le family office sera le plus vraisemblablement confronté au cours de la prochaine décennie — calendrier de transmission, diversification géographique des actifs, transition vers une structure multi-family office, ou création d'une fondation philanthropique — et de recruter des conseillers dont l'expérience est directement pertinente pour ces questions. L'indépendance constitue un filtre distinct. Les conseillers qui entretiennent des relations commerciales courantes avec la famille, qui sont employés par des prestataires du family office, ou qui détiennent une participation dans une entité contrôlée par la famille ne sont pas indépendants au sens réel du terme. Le conflit n'a pas besoin d'être divulgué pour influencer le jugement.

La question des membres de la famille

Certaines familles siègent avec un ou deux de leurs membres au sein du conseil consultatif, aux côtés des conseillers indépendants. La logique est que la représentation familiale aide les conseillers à comprendre le contexte et facilite la communication vers le principal familial. En pratique, cette configuration compromet souvent la fonction la plus précieuse du conseil consultatif. Les conseillers indépendants sont peu enclins à remettre directement en question les présupposés d'une famille en présence de ses membres, en particulier des plus seniors. Si l'objectif est d'obtenir un regard extérieur sans complaisance, les réunions du conseil consultatif devraient, au minimum, comporter une session à huis clos — un in-camera — au cours de laquelle les conseillers indépendants délibèrent sans la présence de membres de la famille. Un compte-rendu écrit de cette session, transmis au principal familial ou au directeur général du family office, préserve les bénéfices d'une discussion franche tout en maintenant une transparence appropriée.

Structures et niveaux de rémunération

La rémunération des membres de conseils consultatifs de family offices est moins standardisée que dans le contexte des sociétés cotées, ce qui crée à la fois de la souplesse et des zones d'incertitude. La structure la plus courante combine un retainer annuel et des jetons de présence par réunion. D'après les données de marché observées auprès de cabinets spécialisés en governance familiale et les enquêtes publiées, les retainers annuels pour des conseillers indépendants au sein de single-family offices se situent généralement entre 15 000 et 60 000 CHF ou EUR, avec des jetons de présence compris entre 2 500 et 7 500 CHF ou EUR pour une participation en présentiel. Les multi-family offices et ceux dont les mandats sont plus complexes — activité d'investissement transfrontalière, véhicules réglementés, ou programmes philanthropiques significatifs — se placent vers le haut de cette fourchette.

Des mécanismes de participation au capital ou d'intéressement (carried interest) sont parfois utilisés, notamment lorsque des conseillers sont recrutés pour aider à structurer un programme d'investissement en direct. Ces dispositifs doivent être soigneusement calibrés, car ils créent précisément le type d'alignement économique avec la famille susceptible de compromettre l'indépendance de jugement. Le traitement fiscal varie selon les juridictions : en Suisse, la rémunération des membres de conseils consultatifs est généralement assimilée à un revenu d'activité soumis aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu, selon les barèmes cantonaux ; en France, elle relève du régime des prestations de services ou de la rémunération de mandataires sociaux non exécutifs selon la structuration retenue ; au Luxembourg, il convient de se référer aux positions de l'Administration des contributions directes. Les family offices soumis aux obligations déclaratives FATCA et CRS doivent veiller à ce que les rémunérations des conseillers soient correctement documentées dans les contrats sous-jacents, les paiements non documentés générant des ambiguïtés déclaratives.

Durée des mandats et cycles de renouvellement

La durée du mandat est un détail de governance auquel la plupart des familles ne prêtent pas suffisamment attention — jusqu'au moment où elles tentent de mettre fin à la mission d'un conseiller devenu trop ancré pour être véritablement utile. La bonne pratique établie prévoit un mandat initial de deux à trois ans avec une seule option de renouvellement, portant la durée maximale à quatre ou six ans. Cette structure concilie deux impératifs légitimes : la continuité, qui exige que les conseillers investissent suffisamment de temps pour appréhender l'histoire, les valeurs et le contexte stratégique de la famille avant que leurs contributions deviennent réellement significatives ; et le renouvellement des perspectives, qui suppose que les relations consultatives ne se calcifient pas en déférence. Des conseillers qui connaissent la famille principale depuis une décennie ont généralement tissé des liens sociaux trop étroits pour maintenir une indépendance réelle. Le recours à des mandats échelonnés — où tous les conseillers ne partent pas la même année — préserve la mémoire institutionnelle lors des transitions.

La conception de l'ordre du jour : la variable qui détermine la valeur ajoutée

La conception de l'ordre du jour est le point sur lequel la plupart des conseils consultatifs de family offices justifient — ou ne justifient pas — leur coût. Le mode d'échec est prévisible : le directeur général du family office ou le principal familial contrôle intégralement l'ordre du jour, présentant aux conseillers un récit de l'activité récente et un nombre restreint de décisions qui, en pratique, ont déjà été arrêtées. Les conseillers reçoivent les documents préparatoires vingt-quatre heures avant la réunion, les traitent dans l'urgence et passent la séance à entériner plutôt qu'à interroger. La famille repart satisfaite d'avoir consulté son conseil. Les conseillers repartent incertains de leur contribution. Cette dynamique est coûteuse et ne produit que les apparences d'une governance.

L'alternative exige une discipline structurelle. Les documents préparatoires doivent parvenir cinq à sept jours ouvrables avant chaque réunion, avec une profondeur suffisante pour permettre une préparation sérieuse. L'ordre du jour doit distinguer explicitement les points présentés à titre d'information, ceux soumis à discussion et ceux appelant un avis consultatif sur une décision en cours. Au moins un point de l'ordre du jour par réunion doit être prospectif et véritablement ouvert — une question sur laquelle la famille n'a pas encore de réponse préférée. Les conseillers doivent avoir la possibilité d'inscrire des points à l'ordre du jour, via le président ou directement auprès du directeur général du family office, selon une procédure écrite encadrant ce processus. Une fréquence de deux à trois réunions par an est standard ; des réunions plus fréquentes augmentent les coûts et risquent de transformer le conseil consultatif en comité opérationnel, ce qui brouille sa finalité.

Un conseil consultatif qui ne fait qu'examiner des décisions déjà prises ne produit pas de governance — il produit de la légitimité rétrospective. Cette distinction importe le plus précisément lorsque la famille est soumise à la pression d'agir rapidement.

La charte comme fondement de l'imputabilité

Tout conseil consultatif fonctionnel doit opérer sur la base d'une charte écrite, réexaminée et réaffirmée chaque année par la famille et les conseillers. La charte n'est pas principalement un document juridique, même si elle comporte des dimensions juridiques. Sa vocation première est d'établir des attentes partagées sur le périmètre, les processus et les normes — le type de clarté qui prévient l'érosion progressive de la finalité qui affecte tant de relations consultatives. Une charte bien rédigée précise le mandat du conseil consultatif et les sujets qui n'en relèvent pas, les critères de composition et les standards d'indépendance, les conditions de rémunération et le remboursement des frais, les obligations de confidentialité et leur durée après la fin du mandat, la procédure d'ajout ou de révocation de membres, et la relation entre le conseil consultatif et les éventuelles structures de governance fiduciaire du family office. Lorsque le family office gère un véhicule réglementé, la charte devrait faire référence au cadre réglementaire applicable — par exemple les exigences de governance de l'article 18 de l'AIFMD, ou les exigences organisationnelles des articles 16 et 21 de MiFID II — afin d'éviter toute ambiguïté sur la frontière entre la surveillance consultative et l'imputabilité réglementaire.

Le cadre BEPS Pilier Deux, désormais en cours de mise en œuvre dans les États membres de l'OCDE, ajoute une nouvelle dimension à la pertinence des conseils consultatifs pour les family offices dotés de structures de détention internationales. Les exigences de substance inhérentes au Pilier Deux — qui évaluent si les entités situées dans des juridictions à faible imposition exercent une activité économique réelle et disposent d'une governance indépendante — ont conduit certaines familles à documenter l'activité de leur conseil consultatif dans le cadre d'une démonstration de substance plus large. Si l'efficacité de cette approche vis-à-vis des administrations fiscales reste à confirmer dans la pratique, elle illustre le rôle croissant que joue une governance formalisée dans la gestion, non seulement du risque stratégique, mais aussi du risque réglementaire et fiscal.

Faire fonctionner le modèle à travers les générations

Le modèle du conseil consultatif affronte son épreuve la plus exigeante lors des transitions générationnelles. Un conseil conçu pour répondre aux priorités stratégiques de la génération fondatrice — préservation du capital, gestion discrète des actifs, entretien des relations avec un nombre restreint d'établissements de confiance — peut se révéler totalement inadapté à la deuxième ou troisième génération, qui peut avoir des appétits pour le risque différents, des ambitions philanthropiques plus affirmées, une autre conception de la transparence et des relations distinctes avec les prestataires professionnels du family office. Les familles qui ne réexaminent la composition de leur conseil consultatif qu'au départ d'un membre se retrouvent généralement avec un groupe dont l'expertise et l'orientation accusent un retard de cinq à dix ans sur la direction réelle de la famille.

Le remède structurel consiste à intégrer la transition générationnelle dans le mandat du conseil consultatif dès l'origine. Au moins une réunion par cycle devrait porter sur l'évolution de la governance du family office sur un horizon de cinq à dix ans, en examinant explicitement la manière dont la composition du conseil devrait évoluer à mesure que les besoins de la famille changent. Certaines familles associent les membres de la génération montante en qualité d'observateurs aux réunions du conseil consultatif — non comme participants, mais dans une logique délibérée d'exposition — avant que ces membres n'assument des responsabilités formelles de governance. Cette démarche, bien qu'informelle, crée une continuité de la mémoire institutionnelle à travers la frontière générationnelle, qui serait autrement très difficile à reproduire.

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